
Gérard Hippolyte (1933–1996) s’est longtemps intéressé à la musique et au chant. II a été un des fondateurs du Chœur Simidor en Haïti. Ses études en architecture l’ont poussé vers les arts plastiques (dessin et peinture) où il serait erroné d’exclure toute influence de la musique.
Il est intéressant de voir comment Gérard Hippolyte a été, dès sa jeunesse, en situation permanente de développement de ses talents hérités du milieu familial. Dans un processus quelquefois inconscient, il a absorbé et emmagasiné dans sa mémoire des éléments qu’on retrouvera dans son œuvre ultérieure. Par exemple, il a adopté dans de nombreuses abstractions une construction autour d’un axe horizontal comme on peut le voir dans des œuvres d’Alejandro Obregon, peintre colombien abstrait, dont il prétend n’avoir pas connu l’œuvre lors de son séjour en Colombie au début des années 1960. Il a exposé pourtant, à l’École des Beaux-arts de Bogota.
Alors qu’il était à St. Louis de Gonzague, il fait un petit tableau qu’il a gardé et qui est incontestablement inspirée de l’œuvre de Piet Mondrian. Il n’a pourtant pas le souvenir d’avoir, à cette époque, rencontré l’œuvre de ce peintre abstrait. Pourtant, plus qu’il ne l’a jamais avoué, Gérard Hippolyte a été très marqué par Mondrian, notamment dans son utilisation de lignes horizontales et verticales complétées au besoin par d’autres lignes droites ou courbes. Ce que manifestement il appréciait, c’est la stabilité qu’il trouvait dans l’organisation des tableaux de Mondrian. Cette recherche de la stabilité et de l’ordre s’est vue renforcée par l’apprentissage du métier d’architecte qui a impliqué la compréhension et une application des mathématiques et de ses règles.
On le voit dans des dessins réalisés à Paris où, en 1967, il est résident à la Cité internationale des arts. Ce sont des études inspirées par les structures urbaines, avec un accent sur les toits de Paris, qui offrent une variété de formes et de volumes géométriques qu’il a traitée avec des lignes et des hachures.
Avant Paris, il avait fréquenté les artistes du Foyer des arts Plastiques et de la Galerie Brochette. Il avait alors, parallèlement, développé un goût pour la couleur. À Paris, où il semble vouloir faire le point, il a traité la couleur, d’une part, avec ordre et, d’autre part, dans une sorte de désordre induit par une application de couleurs fusionnant dans la fibre du papier mouillé. Le résultat dans l’un ou l’autre cas est un triomphe de la couleur.
Revenu en Haïti, Gérard Hippolyte partage son temps entre ses fonctions au ministère des Travaux publics, aux études que réalise son bureau d’architecte et l’art. Il dessine et peint beaucoup. Il explore différentes voies mais il n’expose pas encore. Seuls quelques tableaux sont accrochés au studio de beauté de son épouse Marie-Ange.
Si la majorité de ce que produit Gérard Hippolyte est orienté vers l’abstraction, il travaille aussi la figure. Des croquis, dans un cahier, laissent voir qu’il s’exerce au respect des proportions du corps humain et de la position des traits du visage les uns par rapport aux autres. Il a dessiné, entre autres, une dizaine de têtes de femmes qui varient peu de l’une à l’autre. Dans ces croquis, apparaissent des lignes et des formes qui, par la suite, seront omniprésentes. Il s’agit de lignes hyperboliques, de cercles et d’ellipses. Ces lignes et ces formes vont se retrouver souvent dans des abstractions inspirées quelquefois de natures mortes ou encore dans des compositions où une des ellipses vient prendre, sans équivoque, la forme d’un poisson. À côté de cela, peut-être inspirée par la forme humaine, sans pour autant respecter les proportions académiques, il a créé une composition autour d’un axe vertical, composition dans laquelle toute recherche de symétrie est évacuée.
Dans une étape suivante, la surface du support (papier ou toile) sera divisée en zones d’aplat, ce qui indique le choix de l’artiste d’adopter une esthétique des plans par couleurs. Ce choix s’expliquerait peut-être par le fait que ce procédé permet d’établir et de rendre visible les rapports de volumes que recherchent les architectes. Si alors la couleur paraît être accessoire, elle va graduellement prendre de l’importance lorsque sont mis ensemble fond, formes et lignes.
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